PORTRAITS SANITAIRES
TRAVAIL GÉNÉRAL / Photos Marie-Pierre Saunier / Réalisé en partenariat avec l'entreprise GEBERIT / 2017-2018
PORTRAITS SANITAIRES

Les Portraits Sanitaires

Née d'un partenariat avec l’entreprise Allia-Geberit, la série des Portraits Sanitaires propose un détournement glorificateur et désopilant de l’objet industriel que constituent les vasques et lavabos. Bénéficiant d'un accès privilégié à la chaîne de production de l'usine, Réjean Peytavin a pu en récupérer les pièces considérées comme imparfaites, celles qui impropres au système ne pouvaient être commercialisées. Il offre ainsi à ces objets non-finis, et par conséquent non fonctionnels, une seconde vie.
Après multiples renversements, assemblages et émaillages, ceux-ci ont pris l'allure de personnages loufoques et exubérants. Émanant de formes simples, ils affichent des expressions pour le moins franches : surprise, malice, colère, et crainte... qui leur confèrent un caractère espiègle.
S'il existe à travers le monde différentes croyances en des entités naturelles non humaines possédant une « âme », Réjean Peytavin n'y est pas insensible. Aussi, la vivacité qui transparaît dans ces sculptures semble refléter la force vitale de ces objets qui appartiennent ordinairement à l'espace domestique. Souriant à pleines dents, la bouche grande ouverte, les cheveux hérissés, les sourcils froncés, définitivement hauts en couleur, ces Portraits Sanitaires côtoient le burlesque. Figures hybrides et incongrues, elles transcendent la mise en série d'objets qui répondent à nos besoins les plus rudimentaires.
Créés en 2017, les Portraits Sanitaires ont été conçus en premier lieu pour venir habiter les alcôves de la façade du musée Adrien Dubouché à Limoges. L’architecte du bâtiment, Pierre-Henri Mayeux, avait initialement prévu six niches, lesquelles devaient être pourvues des bustes en bronze des donateurs du musée. Pourtant, depuis son inauguration en 1900, celles-ci étaient restées vacantes. S'inscrivant dans la tradition du portrait, les sculptures produites par Réjean Peytavin entrent ainsi en écho avec cette commande initiale. On songe aussi aux gargouilles, ces figures sculptées à la brutalité fortement marquée représentant le plus souvent un animal monstrueux, une chimère. Gouttières en saillie, elles étaient destinées à faire écouler les eaux de pluie à distance des murs.
Si, in fine, treize sculptures ont été produites, au moment de leur présentation au musée Adrien Dubouché pour l'exposition Al2Si2O5, six d'entre elles occupaient les niches de la façade extérieure, tandis que quatre autres côtoyaient les collections. Il s'agissait donc de répondre à différents manques, combler le vide de ces niches laissées inoccupées, mais également rectifier un oubli dans l'écriture de l'histoire de la céramique. En l'occurence, aucune pièce de céramique sanitaire n'avait jamais été montrée dans ce musée pourtant dédié à la porcelaine.
S'il a souvent réalisé des œuvres en céramique, c'est la première fois que Réjean Peytavin travaille à partir de céramique sanitaire. Depuis l'Antiquité, les hommes entretiennent avec leur corps, et plus particulièrement avec l’hygiène, des rapports de vertu. De ce fait, les modes de gestion, de traitement, et de récupération de l'eau n'ont rien de méprisable ou d'abject. Associé au concept d'hygiène domestique, le mobilier sanitaire qui permet de réguler et de diriger la consommation d'eau évoque également la sanité du corps à laquelle répond celle de l'esprit, la pureté et la sagesse.
La démarche économe de Réjean Peytavin permet ainsi de remettre en perspective la notion de conformité, et par la même occasion, de réévaluer ce qui est communément appelé rebut. À bien des égards, il redéfinit la notion de mineur et se plait à brouiller les frontières tout en célébrant l'irrégularité. Son attrait pour le vernaculaire révèle également combien le langage de la comédie peut renverser les catégories établies.
Ces Portraits Sanitaires, avec leurs traits exagérés et leurs figures animées engendrent une lecture efficiente et non sans humour qui rappellent des personnages de bande dessinée. Leur efficacité visuelle évoqueen effet les procédés narratifs propres à ce genre. On rejoint l'histoire de l’interaction entre l'art et la culture populaire. La mise en parallèle de ces productions aussi subalternes puissent-elles paraître par rapport aux arts “consacrés” vient alors questionner l’importance des hiérarchies culturelles, leur clivage et leur légitimation.
Inspirées par les gestes quotidiens et objets qui l'environnent, les œuvres de Réjean Peytavin dialoguent étroitement avec la vie. Dans la lignée des Travaux Généraux, cette série des Portraits Sanitaires célèbrent plus que jamais la possibilité d'un bien commun heureux.
Texte d'Elsa Delage, mai 2018
PORTRAITS SANITAIRES
Shocked, 55x26x94cm et Angry, 55x40x89cm



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